Mohed Altrad, Chef d’entreprise philanthrope

22 janvier 2016

Sa vie est digne d’un roman. Parti de rien, né dans une tribu du désert syrien, Mohed Altrad a construit son destin et sa fortune en rachetant une entreprise du BTP en faillite à Florensac (Hérault). Son succès, le patron du groupe Altrad et du club de rugby de Montpellier – dont la Banque Populaire du Sud est un partenaire de longue date – le doit selon lui à son management « différent » et à ses valeurs.

Le pavé sert de livre de chevet aux 17 000 salariés. Le titre est ambitieux : « Les chemins du possible ». Dans cette charte interne des valeurs, le patron du groupe Altrad développe son management « pour libérer les énergies constructives » (qu’il a d’ailleurs imposé au MHR, le club de rugby de Montpellier racheté en 2011). Sur 600 pages, Mohed Altrad parle « esprit de conquête », « différences culturelles », « confiance », « cohésion », « synergie », « reconnaissance du travail bien fait » (il reverse 30 % des bénéfices annuels à ses salariés) et « innovation ».

« Je suis parti d’un produit banal. Il fallait que je trouve quelque chose d’original. Je me suis demandé : qu’est-ce qui fait qu’une personne est digne d’estime ? », raconte simplement celui qui a fait fortune dans l’échafaudage et la bétonnière. Réponse en cinq mots : respect, solidarité, courage, convivialité et humilité.

« Cela demande beaucoup de travail sur soi car à l’intérieur nous sommes bruts. Mais celui qui met en synergie ces valeurs peut atteindre l’excellence humaine », poursuit Mohed Altrad.

Un destin extraordinaire

Cette philosophie et cet étonnant recul sur la vie, Mohed Altrad les tient d’une histoire « improbable et miraculeuse », d’un destin extraordinaire. Mohed Altrad est le fruit d’un viol dans une tribu de nomades de Syrie près de la ville de Raqqa, aujourd’hui tristement connue comme le fief de l’Etat islamique. Rejeté par son père, orphelin de mère, le petit bédouin devait devenir berger.

« J’ai refusé ma fatalité », explique Mohed Altrad. Malgré les « vents contraires », il se rend à l’école, obtient une bourse du gouvernement et débarque à 17 ans à Montpellier, sans parler un mot de français.

La suite a été racontée mille fois par la presse depuis l’obtention en juin 2015 du prix de « patron de l’année », parmi 56 pays représentés, par le cabinet américain Ernst & Young. Une première pour la France et un coup de projecteur pour cet homme discret qui s’en est vu courtisé par le président François Hollande et appelé par la Maison Blanche !

La petite société en faillite reprise en 1985, avec 250 salariés à bord, est devenue un groupe international qui ne connaît pas depuis 30 ans une année sans acquisition, rapprochement ou fusion. « Imaginez vous, il y a trente ans, un arabe venant du désert, ingénieur dans le pétrole puis dans l’informatique, qui reprenait une boite d’échafaudages en faillite dans l’Hérault. On ne me prenait pas au sérieux. Aujourd’hui, on me prête des millions d’euros en quelques coups de fil sans problème », s’amuse à raconter Mohed Altrad.

Renvoyer l’ascenseur

Le Franco-Syrien n’en a pas oublié pour autant d’où il vient : « Je reste bédouin de cœur. Ce qui m’anime, c’est de rendre service à l’humanité. Ça commence par son voisin, sa famille et ses amis, mais aussi tous ceux qu’on ne connaît pas. » C’est ainsi que Mohed Altrad s’est impliqué dans l’Hérault en rachetant le club de rugby de Montpellier (MHR), dont la Banque Populaire du Sud est partenaire (le dirigeant dit apprécier « la proximité, la chaleur du personnel et le professionnalisme » de cette banque). Le président François Hollande l’a également nommé en octobre 2015 président de l’agence France Entrepreneur destinée à accompagner les porteurs de projets en banlieue. Car Mohed Altrad est un chef d’entreprises patriote.

Son premier réflexe en montant sur scène pour recevoir son prix de « patron de l’année » a été de saisir deux drapeaux français plantés sur sa table. « C’est la France qui a gagné, pas Mohed Altrad », insiste-t-il en assurant qu’il garde « la tête froide ».

« Le groupe Altrad est très belle réalisation, j’en suis conscient. Mais ce n’est pas fini, promet-il. La belle aventure va continuer. »


ALTRAD EN 5 CHIFFRES

  • 9 mars : sa date de naissance, tirée au hasard par ses enfants car Mohed Altrad ne la connaît pas (il serait né entre 1948 et 1953)
  • 1 741ème: sa place dans le classement Forbes des milliardaires où Mohed Altrad vient de faire son entrée. Selon le magazine Challenges, il est la 61ème fortune de France.
  • 1,9 milliards d’euros : le chiffre d’affaires 2015 du groupe Altrad qui est implanté dans plus de 100 pays, sur les 5 continents, et compte 17 000 salariés.
  • n°1 : le groupe Altrad est leader mondial de la bétonnière et n°1 européen de l’échafaudage.
  • 4 romans écrits, dont son best-seller autobiographique, Badawi, qui s’étudie désormais dans les lycées et qui vient d’être traduit en anglais. Un 5ème ouvrage est en cours dont l’histoire parlera d’identité.

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