Laurence Barreau – Douce heure

23 février 2018

Lauréate dans la catégorie Economie Sociale et Solidaire du concours Sud Exception’elles, concours organisé par les « Elles du Sud », réseau constitué de collaboratrices de la BPS*.

Un livre, parfois, peut bouleverser une vie. Pour Laurence, fervente admiratrice de Mère Térésa, la lecture de « La Cité de la Joie » de Dominique Lapierre est un tournant décisif.

Cet ouvrage raconte l’histoire d’un prêtre qui vit à Calcutta aux côtés des plus pauvres. « Quand j’ai fermé ce livre, je me suis dit : voilà, c’est ce que je veux faire de ma vie ».

Un Bac littéraire en poche et l’obtention d’un CAP d’esthéticienne, elle comble son désir d’aller vers l’Autre en reprenant un cabinet d’esthétique dans le hall de l’hôpital de Montpellier. En 2006, la direction de l’hôpital ferme cet institut. Sous 15 jours, Laurence doit quitter les lieux.

Après quelques années passées à faire de la formation, l’une de ses anciennes clientes de l’hôpital, cadre de santé en cancéro-pédiatrie, lui demande de refaire des heures d’esthétique dans son service auprès des enfants atteints de cancer. Une promesse à tenir suite au décès d’une jeune fille et d’un don de la famille.

« Une évidence pour moi d’être une nouvelle fois auprès des personnes fragilisées. La socio-esthétique a cela de particulier : elle s’adresse à l’être et non pas au malade. Ce n’est pas une question d’apparence mais bien une reconquête de l’estime de soi, de réconciliation avec son corps ou son image meurtris. Il peut s’agir d’une jeune fille à qui on refait une ligne de sourcils, afin de pouvoir oser se regarder, à nouveau, dans le miroir. Nous sommes loin de la superficialité. Au contraire, on touche à quelque chose d’essentiel. »

Très vite, le bouche à oreille fait son œuvre. Son action dépasse le seul service de cancéro-pédiatrie. En 2014, elle créé sa propre association au sein de l’hôpital et en pédiatrie, en particulier. Douce Heure est née. « Les bénévoles sont formés pour accompagner les parents. En trois ans, nous couvrons tous les services de pédiatrie du CHU de Montpellier » se réjouit-elle.

Laurence fait acte de douceur au quotidien. Douceur, ce mot qui comprend une part de spirituel et de charnel. La douceur n’a de sens que si elle s’éprouve, se donne, se distille. Elle recèle un pouvoir de transformation sur les êtres et les choses. Pour les tonnes de douceur qu’apporte Laurence à ces enfants, souvent malmenés par les traitements. Pour ce jour où ce petit garçon de 10 ans, perclus de douleurs au ventre, croise les doigts de fée de Laurence qui, à force de caresses, fini par le soulager. « Mais tu es magicienne ? » a-t-il lancé.

De quoi forger sa conviction : « Notre force, c’est notre douceur » conclut l’esthéticienne humaniste.

* Cet article est issu du livre « Entreprendre dans le Sud au féminin » imaginé et réalisé par la Banque Populaire du Sud.

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